Tenir bon

Le centre

et prendre de la hauteur juste au-dessus

espace

Amour pacifiant

Elle, ma mère, elle je l’aime tant. Elle que je ne connais pas si bien. Elle qui m’a mise au monde. Elle qui respire dans moi quand je me fâche sur elle. Elle que je souffre et que je gémis dans le tourment ; elle qui m’apparaît neuve et réalisée quand je prends le chemin du pardon. Mieux : de la réunion. Elle que je connais intimement et qui me sait mieux que quiconque bien qu’elle semble parfois m’emmener loin. Cette mère – maman – qui bat en moi comme elle a battu en sa mère tout du long. Comme des femmes ensemble ralliées. Nécessairement. Seul l’amour guérit. L’amour véritable. L’amour et l’espace, avant, pour qu’il puisse se loger. Celui qui arrive quand on lui fait place. Maman merci d’être. Merci au-delà de tout. Notre union première et nos multiples séparations. Je t’ai dit du mal, tu m’as blessée aussi. Ces mots portent et malgré tout : je me sais fille de toi, Mère. Cela est guérison.

La guérison passe par l’amour de la mère qui est eau et nid. Aimons nécessairement le lieu qui nous a vu naître et la femme qui nous a porté. Aimons l’être que le mystère nous a choisi pour alliance originelle.

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Accueillir

Est-ce le mot clé qui d’un seul coup met un terme aux charmes inquiets ? Il inquiète ce monde-là qui pousse les hommes dans des failles. Dès lors que j’accueille, je me trouve au sec. Au fond, on voit des milliers de voies possibles – illusions ? – car très souvent l’aboutissement a le même visage. La même question. Accueilles-tu ce qui est ?

Je laisse couler le grand ciel en moi et accepte une mission. Ou je suis être parmi les êtres qui, fermés au ciel, creusent dans les fonds d’eux pour faire venir tout ce qu’ils n’ont pas été. Y a-t-il seulement d’autres voies ?

Sonia Delaunay, née Sarah Stern, AlgoRythmes

qui doit dicter mes actes, à quelle loi dois-je obéir, quelle lumière dois-je suivre afin qu’elle me possède et me délivre de tous les morts, de tous mes fantômes qui m’anéantissent, effaçant mon nom, ma mémoire ? je (…)

via Mon amour, que vais-je faire de toi ? — Art Le Ny

Je voyageais

Je voyageais dans les obscurités de mon père. Habile. Avec l’adresse, la grâce, le roulis des vagues dans le corps. J’avançais dans le sombre les yeux ouverts, au contact d’un coeur qui sait. Mon amour.

J’avançais dans le noir le visage étreint, espiègle, amant. J’avançais dans une ombre sûre, aussi sûre que la présence en ces entrailles d’une infinité lumineuse. J’avançais, aisance, merveille.

Et le verrou est tombé sans ma main pour le retenir. Ou malgré tout, forcé. Malgré l’audace et le cri, et l’espoir. Un instant encore. Des yeux dans le noir. Une réunion d’aurore. Le battant tout contre pour un temps. Le volet fermé.

*

Mon monde ouvre et naît.

Mon amour au fond du courage qui me tient encore. La  blanche mise de la solitude est posée au sol et part dans la fumée. L’autre – un – reviendra dans les – mes – bras amants, amis, aimants, dont le coeur retrouvé suinte une présence neuve. Je te regarde, amour.

Et je te vois.

Claquemurée

Cerf-volant, battant au vent. Claques reçues. Pris dans le courant. Sans vent pas de vitesse, pas d’envolée. Vent ami qui souffle et, ennemi, qui plaque, pique, tacle les toiles au sol.

Espoir car avancée ? Et sur place : que trouvent les pieds ?

Battante. Combattive née. Puis morte, sauvage, soulagée. Détente immédiate : intérieure. Pose du vernis sur le plancher. Qu’y a-t-il après l’autre ?

 » La sorcière et son chat « 

 

 

Tonnerre de Brest

Faire des choix. Aller au bout. Violence ou voix intérieure, et partout autour. Les erreurs gravitent et l’échéance arrive : répondre. Le temps se fait linéaire, un bouffeur d’occasion. Je sens la mélancolie, l’élan, la panique ; tente diverses méthodes. Je réalise : peur de choisir et butte contre moi. Cacher ou laisser être pour que la réponse coule et trace sur le clavier sans mon entremise, lien direct entre le cœur et le dehors.

Le repli délave les couleurs et coupe le réel dans un nuage brumeux. Papa, Maman, murs et toit familiers qui décidaient en force. Plus de cache qui tienne : félicité. Comme si la vie, comme si la mort, et parce que cela peut tout changer.

Oh ! c’est non que j’écris, moi. Mes doigts rétifs ; je ne lâche pas, j’assomme. Mur d’arrêt. A la radio, un gardien pénitentiaire en entretien. Mon non piétine, marche sur le dos. Le petit nom d’un simple oui.

*

Légèrement agacé et d’une confiance rare, le volant – cerf ou pas – cherche les petites mains. La raison au fond gronde, qui s’éprend, dit vrai et se pare d’action. Elle qui, simple comme un ciel, danse sur le front des vagues, visible.

Mark Rotko, Yellow expanse, 1953

Écrin choisi, changeant

On ne s’habitue jamais. On a peur.

Les transitions peuvent être douces. Un passage tranquille, au pas, d’un lieu à l’autre. Du haut de la colline, le long du ruisseau, vers la rivière qui serpente au pied. Et puis repartir en face, dans le vert, dans le grand vert et blanc de la forêt de bouleaux.

Choisir l’arbre cousin et conserver la peur à portée. Il y a des promenades, comme ça, qui baladent les plus grands anxieux dans un panier de paille tressée un après-midi de printemps. Choisir l’arbre familier et se sentir enveloppé de confiance. Sortir du panier, marcher devant.

Les transitions comptent. Puissamment. Le moment où l’on pose le pied sur le rondin suivant, yeux fermés, sans crainte. Alors tout engagé. C’est l’instant qui vient qui couronne pour de bon. Chaque instant qui vient. Au rythme d’une marche tranquille, l’endroit neuf est découvert. On y dépose sa vie le temps nécessaire. Ô, coque vide où le corps se délasse. Il fallait s’y perdre. S’y prendre. Y faire peau neuve. Les jours passent et la confiance grandit, à mesure. Et les cheveux poussent, les mains marchent, les doigts nus palpent, caressent, envolent.

Le jour vient.

Karine Léger

———————

*Lu aujourd’hui : Tu peux commencer dès maintenant à bannir toute amertume, toute critique et toute négativité dans ta façon de penser. Tu verras qu’alors que tu fais ta part (…).

 

Unifier

I.

Etrangement, j’unifie et je laisse être tout. Je laisse être les prairies de moi : la bonniche revêche, aussi. Je laisse être chaque partie de moi et je contemple et je regarde sans dire un mot. Je me rends compte à quel point il y a de choses, de profondeurs, de lieux qui cohabitent. Parfois je prends peur et me demande où est la route d’autrefois, celle que je suivais avec tant d’effroi et de maladresse, dans l’accueil de la profondeur. Aujourd’hui en surface, je redécouvre les gens, les pièces, le calme, l’abondance et la simplicité d’un jour parmi d’autres. Sans peur tendue, sans pression. Je remarque.

L’espace s’est ouvert

Je jetais des peurs sur le papier, des peurs si vives qu’elles vivaient encore une fois posées. Grandes comme les contours d’Anvers la nuit à l’horizon. Il y avait une pression constante. Et un écrasement du dehors sur le dedans. Un appel à la survie, à l’éclosion. Une sorte de chemin abrupt et sec – ou pas sec. Un chemin arrêté par une falaise coupée sur la mer. Vite trouver une réponse, un dénouement ; clôturer avant que tout ne s’effondre. Vite. Et au mil de cela, aile dépassée par les courants qui tournent autour, qui jouent avec le vent. Noyée, noyée dans un mouvement perpétuel qui se rit bien des gens, de leur mine blafarde et de leurs os saillants. Ca aurait pu continuer sans fin. Ce triangle des per-mude*. Plainte véloce qui cherche son compte, vent très fort qui souffle tantôt d’une part, tantôt de l’autre. Spirale folle. Abri de la femme au-dessous, au sec et soulagée par le ressac malgré la tempête dehors. Si tout bouge alors ça va.

Quand le temps se calme rien à faire. Claire et simple, elle sort sur son plain**, le foulard sur la tête. L’horizon dégagé, reste le souffle du vent sur les joues nues. Patiente, elle égrène les billes des haricots pour la fête du soir. Tout, en ordre.
Cependant que la peur, quelque part, gigote encore – comme un nouveau né dans un couffin blanc. La naissance faite, le lieu à explorer révélé, d’un chaos enclos venue au jour, sous un ciel immense, elle touche le soleil qui chauffe la nouvelle peau. Dessous les draps, un corps, d’or pur, respire.

Pourquoi alors ce sentiment froid ? Cette solitude ? Pourquoi le dehors étranger, pourquoi emmenée moins loin par mes respirations ? Comme condamnée. La robe blanche et les mains lisses posent sur le monde un regard calme, sans joie.

Gerda Wegener, docile &discrète? (en haut) ; poète ? (en bas).

Une femme ou quelque chose meurt.

II.

Et la femme sauvage ? La moitié de moi étreinte par la terre.
Pofff Je l’appelle, je l’appelle. Elle ne répond pas. Je la vis moins. Je la prétends. Et puis je respire et je sens que je suis apte à la sentir. A reprendre la mer. Unifier à quel prix ? Jeter les chaussures de femme et quitter le rôle. Je sens l’indocilité, je sens l’interrogation nécessaire. Celle qui marche sur le fil, entre le Tout et le Rien. Celle qui enlève des pieds les souliers de vair et offre à chaque être le chemin d’un profond engagement pour la vie seule. Pour le battement et l’audace. Et l’inconscient.

J’ai peur de perdre l’impression.

A référencer.

Mary Brüne, peinture.

La grenade est ouverte :
Trêve de dissimulation.
Pour que tombent
des Hauteurs,
les masques.

*Muder, terme de la marine. Faire passer la vergue ou l’antenne d’une voile d’un côté à l’autre du mât. Variante de muer.

**Le plain. Synon. de plaine mer. Partie du rivage où s’arrête la mer lorsqu’elle cesse de monter (Gruss 1952). Aller au plain, se mettre au plain. [Le suj. désigne un bâtiment] Se mettre au sec, s’échouer (Le Clère 1960; ds Rob., Pt Rob., Hachette 1980). Mettre au plain. À dix heures, le capitaine de la goëlette naufragée (…) vient à bord. Sa goëlette a chassé par des vents de nord-ouest, qui, ayant sauté au sud-ouest, l’ont mise au plain, à un mille du village, quoiqu’elle eût trois ancres devant le nez (Gaimard, Voy. Islande, 1852, p.28).

Notes. Embrasser sa multiplicité afin d’accéder à l’unité. | La femme du cerf. | La lune et le soleil. Salon autour du féminin. Déraisonnable ? | Le couple absurde de M. et Mme Martin. Miroir . | L’œil, le regard. | Le miroir du conte : votre conte parle de vous.